La dissociation : ce mécanisme de survie que tout le monde devrait connaître
- stephaniedesouza79
- il y a 4 jours
- 3 min de lecture
Et si la dissociation n'était pas un symptôme à combattre, mais une protection à comprendre ?
En ce jeudi 30 avril, jour de Jupiter — planète des ressources, de l'expansion et de la réflexion profonde — j'avais envie de vous parler d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Un sujet souvent mal compris, pourtant essentiel pour qui accompagne ou traverse un traumatisme.
Qu'est-ce que la dissociation ?
La dissociation est un terme qui vient du travail de Pierre Janet, un pionnier de la psychologie. Aujourd’hui, dans les classifications internationales comme la CIM ou le DSM, elle désigne une interruption ou une perte d’intégration entre plusieurs fonctions psychiques qui sont normalement liées : émotions, pensées, souvenirs, perceptions sensorielles, et contrôle moteur.
Être dissocié, c’est ne plus être pleinement présent dans l’instant. Ces fonctions se déconnectent, empêchant la formation d’un tout cohérent.
Ce phénomène peut se manifester de différentes façons : un sentiment d’être détaché de son corps, une impression de regarder sa vie comme un film, ou encore des trous de mémoire.

Un mécanisme de protection extraordinaire
Contrairement à ce que l’on croit souvent, la dissociation n’est pas un dysfonctionnement, mais un mécanisme normal, adaptatif et vital. Face à un danger extrême, le cerveau humain peut se protéger en déconnectant certaines fonctions pour limiter la souffrance.
Les neurosciences et la psychologie décrivent cinq réponses instinctives face au danger, appelées les "5 F" :
Fight (combattre) et Flight (fuir)
Le corps se prépare à agir : le cœur bat plus vite, le sang afflue vers les muscles, la vigilance augmente.
Freeze (se figer) et Flop (s’effondrer)
Quand fuir ou combattre est impossible, notamment pour un enfant face à un adulte, le cerveau déclenche la sidération. Le corps s’anesthésie, la douleur est atténuée, et l’immobilité peut limiter la violence.
Fawn (apaiser / soumettre)
Moins connue, cette stratégie consiste à amadouer l’agresseur pour survivre. Un enfant peut devenir "parfait", souriant et serviable, pour détourner la colère d’un parent violent.
Ces réponses sont des protections naturelles. Elles sauvent des vies et permettent de traverser l’insurmontable.
Des réactions trop souvent mal interprétées
Ces mécanismes sont encore trop souvent vus comme des réactions "inadaptées" ou "exagérées". Pourtant, ils sont essentiels pour :
Protéger la vie
Atténuer une souffrance insoutenable
Survivre à l’insurmontable
Malheureusement, ces stratégies sont souvent mal comprises, même dans le milieu judiciaire. Par exemple, le silence d’une victime peut être interprété à tort comme un consentement, alors qu’il peut être le signe d’une dissociation profonde.
Quand la protection devient un handicap
Ce qui sauve un enfant peut devenir un frein à l’âge adulte. Prenons l’exemple des crises fonctionnelles dissociatives, anciennement appelées "crises hystériques", qui sont la troisième cause de perte de connaissance en France.
Une personne peut raconter des violences vécues avec un détachement total, comme si elle récitait une liste :
« Ce n'était pas si grave parce que j'étais pas là. J'étais à côté d'une rivière, j'entendais les oiseaux, je sentais le soleil. »
Pendant que le corps subissait l’horreur, le cerveau s’était réfugié dans un imaginaire protecteur. Ce mécanisme, si utile dans l’enfance, peut se transformer en troubles neurologiques fonctionnels, troubles dissociatifs de l’identité, ou crises invalidantes qui entraînent fractures, hospitalisations, ou même perte de garde d’enfants.

Comprendre pour mieux accompagner
La dissociation n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas de la simulation. Ce n’est pas une maladie en soi.
C’est une réponse de survie façonnée par le cerveau face à l’insoutenable.
Le vrai défi est de :
Cesser de pathologiser ces réactions
Former les professionnels de santé, du droit et du social
Reconnaître la sidération comme une réponse légitime au trauma
Accompagner avec bienveillance celles et ceux pour qui la protection est devenue une prison
Comprendre la dissociation, c’est offrir aux survivant·e·s la reconnaissance qu’ils méritent. C’est aussi ouvrir la voie vers une guérison réelle.
Dans ce cadre, des approches respectueuses du trauma comme l’EMDR, l’hypnose thérapeutique, ou encore l’EFT peuvent être d’une grande aide. Ces méthodes permettent de reconnecter doucement avec le présent, sans effacer ce qui a été vécu.
Par exemple, l’EMDR est une technique qui aide à retraiter les souvenirs traumatiques en douceur. Elle est souvent recommandée pour accompagner les personnes dissociées, car elle respecte le rythme de chacun.
Honorer le mécanisme, libérer la personne
En ce jour de Jupiter, posons un regard d’expansion et de sagesse sur ces mécanismes anciens. Ce que votre corps a mis en place pour vous protéger mérite gratitude, pas jugement.
Ce qui était salutaire hier peut, en douceur et en sécurité, se transformer aujourd’hui.
Si vous vous reconnaissez dans ces mots, ou si vous accompagnez quelqu’un concerné, sachez que des solutions existent. Elles respectent votre histoire et votre rythme.
La guérison ne supprime pas le passé, mais elle redonne accès à l’ici et maintenant, pas à pas.
Avec toute ma bienveillance,
Stéphanie De Souza
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